G. Kero

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G. Kero

Photos | Stephanie Lou
Model | Ayak @ Marilyn Models Paris

gkero.com

 

Parle-nous du parcours de G.Kero.
G.kero c'est l'histoire d'une artiste qui a commencé à dessiner très tôt, vers l'âge de 3 ans, et qui ne s'est jamais arrêté. 
J'ai grandi au Cap Ferret où j'ai commencé à dessiner puis à peindre. J'ai travaillé mon coup de crayon, le trait, et puis à 18 ans je me suis intéressée davantage à la couleur et je suis partie à Rome chez mes tantes. Je me suis en route passionnée pour le dessin animé et puis j'ai quitté mon école d'art (La Cambre) à 22 ans assez insatisfaite. J'avais beaucoup travaillé sur les ordinateurs et je voulais revenir un peu à la peinture à la main. Mon frère Philippe (qui est aussi mon associé dans G.KERO), en voyage au Brésil à ce moment là m'a demandé de lui envoyer quelques uns de mes dessins pour les imprimer sur des t-shirts.
C'était amusant pour moi de sortir de l'écran ces nanas que j'avais animée dans une sorte de cartoon. J’ai alors entrepris de peindre sur des tee-shirts que je vendais à mes amis et amis d’amis autour de moi. Antonin, un autre de mes frères avait un groupe de rock, Hangar, et je dessinais pour eux des jolies filles sur des tee shirts blancs et tous les fans voulaient les même.
Tout le monde me demandait un tee-shirt, c’est à ce moment là qu’on a décidé de créer GKERO pour les imprimer avec Philippe mon frère et associé et un ami d’enfance de Philippe, Arnaud, qui est aujourd’hui le troisième associé dans GKERO.
On a gardé l'esprit fait main et lancé la première Collection. Et on s’est mis a faire des chemises, des sweats, des jupes, des vestes, des Kimonos en soie et a imprimer sur des nouvelles matières très belles comme la soie…
J'ai dû développer un esprit de dessins spécialement conçu pour le vêtement et c'est devenu de plus en plus intéressant.
Par exemple, au lieu de faire un tableau avec un portrait de David Bowie je dessine des petits Bowie reconnaissables dont je recouvre une chemise. Ce procédé est amusant car entre la manière de le dessiner et puis l'idée de représenter cette personne sur un joli vêtement, il y a un concept. Je savais que je tenais quelque chose en travaillant ce personnage.
Quand Kate Moss a porté la chemise on était contents !

Quelles-sont les sources de votre inspiration ?
Mes sources d'inspirations sont les animaux, les êtres expressifs comme le sont souvent les stars du rock, les paysages, tout ce que je trouve beau. ça peut être abstrait aussi !
J'aime énormément la musique et elle a toujours accompagné mon imagination. Elle ouvre mes chakras.

G. Kero fabrique ses pièces au Portugal dans des ateliers familiaux respectueux de l'environnement. Quels sont les plus grands défis à relever pour une marque éthique et éco-responsable comme la vôtre ? 
De ne pas fabriquer des vêtements qui s'usent trop vite et qu'il faut jeter au bout de quelques utilisations. Ne pas faire de trop grandes collections pour jeter les 3/4.
Un défi difficile à relever aussi, est de réussir à faire de très jolies choses en petites quantités. Il faut convaincre les usines et être prêt à payer plus cher. 
Il faut pas tomber dans la facilité commerciale et commencer à dégrader la qualités des vêtements, sous prétexte que cela se vend mieux car moins cher. Je ne supporte pas cette idée. C’est le niveau de vie des gens qu’il faut élever en les payant mieux et en les taxant moins. Or aujourd’hui on maintient des salaires très bas beaucoup d’impôts et on fabrique des choses de mauvaises qualité pour les vendre aux gens souvent en réalisant néanmoins de très grasses marges puisque les produits sont fabriqués par des enfants en asie…

Un conseil à donner à une jeune marque souhaitant développer son activité de façon éthique et durable ?
Ne pas faire trop, viser la bonne idée, la qualité. Une bonne chemise plutôt que 3 moyennes. Trouver les sources d’inspiration dans la nature ou la vie, éviter de copier bêtement ce que font les autres. 

Constatez-vous un regain d'intérêt du consommateur pour une mode plus artisanale et locale, pour un mode de consommation plus raisonné ?
Oui bien sûr, même les grands marques de consommation de masse de type fast fashion l’ont remarquée et se mettent à proposer des collections "conscious" même si évidemment les concernant c’est fake et ce n’est qu’une histoire de communication.
Mais rares sont ceux qui font des productions éthique et éco responsables honnêtement.
On peut pas dire que ça intéresse une grande partie de la population d'acheter plus cher, plus beau et plus durable, encore faut il être sensibilisé à l’écologie et à ce qui est beau. Notre société de consommation de masse a imprimé dans les cerveaux tout le contraire, le vulgaire, le moche, le pas cher, l’immédiat (just do it).
Au contraire de ça, ceux qui ont le loisir de se tourner vers l'artisanat, généralement font le bon choix ! C'est un luxe malheureusement.

En quoi l'industrie de la mode peut-elle progresser ? Le consommateur lui-même peut-il aider à cette évolution ?
Le consommateur et l’industrie de la mode marchent main dans la main. Chacun influence l’autre. Si celui qui fait la mode se soucie de l'environnement, il conduit le consommateur à le faire aussi. Et vice versa. 
L'industrie de la mode peut progresser en ralentissant sans doute. En passant de l’ère « just do it » a « think about it before ». Ne plus produire de plastique, organiser des chaines de recyclage efficaces, ne pas faire travailler les enfants, bien payer les ouvriers, réduire les marges… Pour cela on a pas besoin du gouvernement mais s’ils prennent trop d’impôt et taxent trop le travail comme c’est le cas en France les petits créateurs ne peuvent tout simplement pas relevé ces défis, quand aux grands monopoles de l’industrie du prêt a porter ils continueront à faire fabriquer pour rien en Asie et à faire travailler des enfants… L’état a donc une très lourde responsablitée dans ecologique et economique… 

 
 
 

G. Kero fait don de 100 pièces chaque années à des associations caritatives afin que celles-ci puissent lever des fonds mais aussi pour sensibiliser à certains sujets. C'est important pour les marques d'agir concrètement et de ne pas se contenter d'un simple argumentaire ?
Une action vaut en effet mieux que mille paroles.

Comment voyez-vous la mode évoluer en France dans les prochaines années ?
Ce qu’on voit aujourd’hui c’est le règne du capitalisme dans ce qu’il a de plus mauvais. La constitution de gigantesques monopoles qui tuent tout autour d’eux. Donc ouverture de grands magasins grandes surfaces qui fabriquent des choses et vendent pour pas cher en copiant les petits créateurs.
Et puis dans la précarité, à contre courants, subissant la concurrence déloyale, quand ce n’est pas la contrefaçon, de ces grands groupes qui ne payent en outre pas ou peu d’impots en France, des marques « petits créateurs » comme nous asphixiées par la fiscalité et l’impot sur le travail qui rend ce que l’on fait impossible- justement pour ne pas que nous venions déranger les grands monopoles du luxe ou du prêt a porter de masse.

Qu'en-est-il de G. Kero ? Comment souhaiteriez-vous continuer de développer la marque ?
Nous aimerions bien devenir plus grand et plus connu pour montrer l’exemple du beau, de l’éthique, du bien et dire que c’est possible. Qu’il est possible de réussir autrement.